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Vendredi 29 décembre 2006

Salut à Francis Conem

 

 


Je n’ai jamais eu le bonheur de rencontrer Francis Conem alors que nos relations épistolaires remontent à plus de vingt ans. Depuis qu’il s’est retiré en Savoie, les choses sont devenues encore plus compliquées, mais peu importe : le contact n’a pas été rompu, l’amitié n’étant pour lui un vain mot.

 

Dans le milieu littéraire parisien, Francis est connu pour avoir été l’un des animateurs des Cahiers des Amis de Han  Ryner. Peu de gens savent encore aujourd’hui qui était Jacques Élie Henry Ambroise Ner, dit Han Ryner (1861-1938), cet homme curieux,  anarchiste individualiste, pacifiste et anticlérical. Il est vrai que Francis a toujours eu le chic de s’intéresser à des auteurs méconnus, se faisant une sorte de devoir de les tirer de l’injuste oubli où ils avaient sombré.

 

Suite à une dissension avec d’autres membres de la rédaction, Francis décida de claquer la porte et de créer un bulletin trimestriel qu’il baptisa Les Messages de Psychodore, allusion au titre d’un livre de Han Ryner.

 

C’était toujours un plaisir de découvrir cette revue, écrite d’un bout à l’autre par Francis, et dans laquelle il lui arrivait la plupart du temps de traiter de mille et une choses, hormis l’œuvre de Ryner ! Son bulletin était en quelque sorte, une espèce de salon littéraire dans lequel il nous entretenait de tout ce qui concernait la société littéraire de son temps, agrémenté de souvenirs sur les nombreux écrivains qu’il avait connus à Paris.         À chaque parution de son bulletin, on était sûr d’apprendre quelque chose. Ses notices nécrologiques étaient, par exemple, un modèle du genre. Ainsi, lorsque la pianiste Lucienne Delforge, est décédée, j’appris l’un ou l’autre détail inédit sur l’existence de celle qui fut l’une des amies chères de Louis-Ferdinand Céline auquel je consacre une bonne partie de mes loisirs. C’est que Francis  – né, soit dit en passant, l’année de parution de Voyage au bout de la nuit – fréquentait bien des personnalités à Paris en véritable amoureux des arts qu’il a toujours été.

 

S’il a renoncé à publier sa revue il y a six ans, il continue à publier d’élégantes plaquettes traitant de figures peu connues auxquelles il lui plaît de rendre hommage, tels Ximenès Doudan, Tristan Klingsor, Jean de Pange ou Claire Witmeur.

 

Il n’est que justice qu’à son tour, il lui soit rendu hommage via un site Internet et une publication à lui seul consacrée. Au seuil de cette année nouvelle, tous nos vœux t’accompagnent, cher Francis !

 


 

Marc LAUDELOUT

 

Par Marc Laudelout - Publié dans : francisconem
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Mercredi 20 décembre 2006

Sur Sainte-Beuve lecteur et analyste du vicomte Alexis, on trouvera à glaner dans le Sainte-Beuve. Au seuil de la modernité de Wolf Lepenies publié chez Gallimard eb 2002 ; ainsi : Sainte-Beuve tentait à sa manière d'apporter un peu d'ordre dans l'incohérence générale, en se fixant pour modèles les XVII° et XVIII° siècles. Ce n'était pourtant pas un réactionnaire, mais un réaliste. C'est pourquoi il a critiqué Tocqueville qui croyait toujours se tenir à distance du "jargon moderne" ; il y aviat des nouveautés, il fallait donc bien trouver des mots nouveaux pour en parler. On ne pouvait pas arrêter le progrès ; mieux valait donc se libérer de la nostalgie et trouver son "juste milieu" dans l'époque et la société où l'on vivait. (Voir pages 112-113 ce combat entre raisonneur et réaliste) ; Sainte-Beuve s'accordait avec Tocqueville pour penser que le fanatisme  augmenterait encore au sein de la démocratie, dès lors que les passions politiques deviendraient  des passions sociales ; Sainte-Beuve était  républicain de nature, par esprit de raison ; persuadé comme Tocqueville, qu'il critiquait pourtant, que la progression de l'égalité faisait partie des lois des sociétés modernes, il acceptait avec un mélange de résignation et d'ironie l'avènement inéluctable de la démocratie ; la lecture au hasard permet de tester la valeur d'un auteur, de déterminer s'il a assez de substance pour s'imposer par rapport à ses pareils. Sainte-Beuve avait critiqué Tocqueville parce qu'il n'avait jamais lu que systématiquement et jamais à l'aventure.

            On ne voit généralement en Sainte-Beuve que le critique puis, dans un second temps, le poëte ou le romancier. Sainte-Beuve historien n’est que rarement pris en considération. Jacques Bainville, dans Quelques figures de l’histoire paru en 1926 chez Jules Tallandier, Bernard de Vaulx, dans Vues sur l’Histoire de France paru en 1946 chez Plon, et quelques autres -- dont Maurras – ne s’y sont pas trompés. Cependant, plus de cent et trente années après sa mort, l’on ne reconnaît toujours pas à Sainte-Beuve sa stature et son statut, sa dimension d’historien. La publication de cette édition des Écrits sur Tocqueville de Michel Brix apportera peut-être sa pierre à cette autre réhabilitation de l’Oncle.

 

            Dans la préface qu’il a placée sous la haute protection de feu mon ami Claude Pichois, que j’ai connu voilà un demi-siècle quand il travaillait à la rédaction de sa thèse complémentaire qui portait sur Philarète Chasles, Brix écrit : Les spécialistes actuels de l’œuvre de Tocqueville s’accordent à reconnaître que le compte rendu du Temps tranchait, par sa qualité et sa pénétration, sur toutes les autres recensions qui étaient parues à l’époque et il emprunte au  Alexis de Tocqueville d’André Jardin ceci : Cet article de Sainte-Beuve domine de très haut le dossier des comptes rendus parus en 1835 : la lucidité sur les desseins de l’auteur et  la mise en valeur des grandes analyses et de leur enchaînement ont gagné l’estime de Tocqueville (…). Par bonheur, Brix ne fait aucune référence à la biographie que donna en 2000 Gilles de Robien sur Tocqueville chez Flammarion. C’est le type de grandes biographies aussi vides que médiatiques qui pullulent sur notre marché !

 

            À la suite du « retentissant article » de 1835 cité par Jacques Nantet en son Tocqueville de 1971, l’auteur de De la démocratie en Amérique écrit à celui de Volupté : Je ne puis m’empêcher de croire qu’il existe pour nous beaucoup de points de contact et qu’une sorte d’intimité intellectuelle et morale ne tarderait pas à régner entre vous et moi, si nous avions l’occasion de mieux nous connaître. N’ le 29 juillet 1805, le vicomte Alexis était de quelques mois le cadet de Sainte-Beuve, né, lui, le 23 décembre 1804 ; il précédera le Lundiste au tombeau d’un peu plus qu’une décennie : le 16 avril 1859 à Cannes pour le magistrat et le 13 octobre 1869 pour Charles-Augustin.

 

            Une sorte d’intimité intellectuelle et morale ayant tendance à s’établir entre les deux hommes, on ne s’étonnera pas qu’ils aient en partage quelques amitiés et quelques admirations, ainsi notamment Jean-Jacques Ampère et Ximénès Doudan. En octobre 1856, Jean-Jacques Ampère est chez Louise et Athenin d’Haussonville à Gurcy ; le jeudi 9, il écrit à Tocqueville : J’ai vu à Gurcy deux personnes qui m’ont chargé de vous dire toute leur admiration : ce sont Jules de Lasteyrée et X. Doudan, homme d’esprit et de goût s’il en fut. En mai 1857, les rôles sont inversés et, de l’ancien château de Talaru, à Chamarande, le 12, c’est Tocqueville qui écrit à Ampère : Je cause sans cesse de vous avec des gens qui s’intéressent réellement à votre personne et à vos œuvres. C’est un sujet qu’on entame volontiers avec moi pour me faire parler ; de même qu’un causeur habile commence à interroger son interlocuteur sur lui-même afin de le mettre en train. J’ai surtout remarqué deux gens d’esprit de vos amis, Doudan et Mohl, qui m’ont dit sur vous des choses fines et vraies qui m’ont fait plaisir, et dont le résumé est ceci : que depuis plusieurs années, vous aviez singulièrement accru encore votre valeur et comme fond et comme forme et ne cessiez de l’accroître. Ce qui est aussi mon avis.

 

            Pour le mois de mai 1857, nous n’avons pas de lettre de Doudan mais pour octobre 1856 deux lettres envoyées de Gurcy cautionnent alors une rencontre Ampère – Doudan, prouvant assez qu’entre eux l’estime était réciproque. Le 2 octobre, à la baronne Auguste de Staël : Nous avons trouvé ici M. Ampère, avec son entrain volcanique et sa douceur de commerce. Il suit qui l’on veut dans la conversation ; il travaille vingt-quatre heures par jour et cause vingt-quatre heures par jour, sans compter les promenades qu’il fait tout seul. Les gens d’esprit que vous connaissez ne peuvent vous avoir donné l’idée de cette vitalité d’intelligence qui porte sur tout. Et, le surlendemain, à son ami Sahune, J’ai trouvé ici M. Ampère, vif comme un poisson dans l’eau par les plus beaux jours. Il fait dix choses à la fois, les achève bien, travaille tout le jour et paraît ne rien faire du tout, car il est de toutes les promenades, de toutes les conversations, joue au billard comme un officier de garnison, lit des romans comme une petite demoiselle qui a la tête montée. Je n’ai jamais vu une pareille activité, et tout cela sur un fond de douceur et d’égalité très aimables. C’est tout à fait de lui qu’on peut dire qu’il travaille comme quatre.

 

            Dès la toute première lettre de Jean-Jacques Ampère vers Tocqueville, qui est de 1855 et qu’André Jardin date de sûrement septembre, nous trouvons auprès de ceux de Victor de Broglie et de son fils Albert, lequel achève alors les deux premiers volumes de L’Église et l’Empire romain au IVe siècle qui paraîtront en 1856, le nom de Ximénès Doudan : Je suis arrivé à Broglie vendredi, à trois heures après midi, par un reste de beau temps qui m’a permis de juger que le pays est charmant et le parc magnifique (…). Corcelle est venu nous joindre samedi ; il est toujours le meilleur et le plus affectueux des hommes. Il repartira trop tôt pour entendre la fin de ma lecture philosophique. Du reste, ce mot philosophie a tout de suite éveillé chez lui l’appétit de toute autre chose que les sensations, le moi et les rapports. M. de Broglie, son fils, M. Doudan, m’ont paru contents de l’exposition et très frappés du fond des idées. Cette dernière impression, celle naturellement à laquelle je tiens le plus, ne peut qu’aller qu’en augmentant (…).

 

            André Jardin a raison lorsqu’il écrit qu’il s’agit sans doute de la lecture des Fragments philosophiques d’André-Marie Ampère. Il a raison de dater cette lettre sûrement de septembre 1855 mais il a moins raison de la dater de la fin de ce mois. Nous avons trouvé trace de ce premier passage à Broglie de Jean-Jacques Ampère et de cette lecture philosophique dans une lettre dans laquelle, à son habitude, Doudan envoie à la baronne Auguste de Staël le journal de la petite vie paisible que l’on mène à Broglie, et cette lettre est datée du 6 septembre 1855 : M. de Corcelles y a passé deux jours. Il vous aurait plu par son goût passionné pour la vérité qui n’empêche guère de se tromper, mais qui témoigne de l’élévation de l’âme. Il est taillé en force, comme vous avez pu voir, mais il est de la race des géants qui ont plus de douceur, de délicatesse et de raffinement d’esprit que beaucoup de petits hommes. M. Ampère vient de partir. Il a charmé tout le monde. Il nous a lu des fragments de la métaphysique de son père qui eussent eu votre approbation pour un certain élan qui va naturellement au grand, n’était ce que cela aurait surpassé la force d’attention des petites dames qui ont aisément mal à leur tête. L’esprit de locomotion a emporté M. Ampère à Paris, puis il l’emportera dans trois jours à Rome. André et sa femme ont été entraînés dans ce tourbillon ;  ils n’iront pas jusqu’à Rome pourtant. Albert va chez M. de Montalembert en Bourgogne et la princesse de Broglie chez sa tante Lemarrois. M. de Broglie est tout seul de sa maison, ayant pour compagnon de solitude M. de Sahune, M. Savinien Petit (…), M. Clémencet et moi qui écris par moments un petit volume où il n’y a pas l’ombre de catacombes, ni de saints, ni de chandeliers à sept branches. On notera que, comme Sainte-Beuve, Doudant écrit : M. de Corcelles, alors que Ampère orthographie Corcelle. Dans son édition des Écrits sur Tocqueville, Michel Brix a d’office corrigé Sainte-Beuve. Il fait naître en 1802 Francisque de Corcelle et le fait mourir en 1892. Selon André Jardin, cet ami intime de Tocqueville est né en 1802 mais est mort en 1882 et Francisque de Corcelle serait en fait Claude-François Tircuy de Corcelle. Député de l’Orne puis ambassadeur auprès du Saint-Siège, il avait épousé la petite-fille de La Fayette , Mélanie de Lasteyrie. Ce vieux madré de Corcelle, écrira Louis Veuillot.

 

            En 1848, Guizot écrit De la démocratie en France. Malgré l’analogie du titre avec le De la démocratie en Amérique que Tocqueville avait publié en 1840, c’est à la brochure, alors récente, de Thiers De la propriété que l’ouvrage sera comparé ! C’est à propos des Mémoires pour servir à l’histoire de son temps de Guizot dont le premier des hit volumes ne paraîtra qu’en 1858 que le 5 avril 1857 Tocqueville écrit à Henry Reeve : Je ne suis friand que des Mémoires posthumes. Il me semble que si Doudan avait eu connaissance de ce mot, il en aurait conçu une certaine réticence. On trouvera plusieurs occurrences à Tocqueville, et pas nécessairement là où l’on s’y serait attendu, dans l’ouvrage Guizot et son temps, Propos et Portraits de Robert Legrand, préfacé par Henri Heinemann et édité en 2002 par F. Paillard.

 

            Le mardi 12 mai 1840, Tocqueville écrit à Ampère : Nous comptons sur vous jeudi si cela vous était égal. J’écris à M. Quinet pour le prier de vouloir bien être des nôtres. Je vais écrire à M. de Sainte-Beuve. Je voudrais qu’il acceptât. Ce ne serait nullement à un dîner de cérémonie, car je ne veux nous adjoindre que Corcelle et beaumont. Tâchez de plaider notre cause auprès de sainte-Beuve. Celui-ci répondit-il favorablement à la requête et Ampère fut-il bon avocat ? En tous cas, on ne trouve aucune trace de ce dîner du 14 mai au tome III de la Correspondance générale de Sainte-beuve. Par sa formulation même, cette lettre du 12 mai 1840 de Tocqueville à Ampère rappelle celle qu’au soir du jeudi 19 juillet 1866 Sainte-Beuve écrira à Prévost-Paradol. Ce dîner-là aura bel et bien lieu le jeudi 26 juillet et les convives de Sainte-Beuve seront Edmond Scherer, Prévost-Paradol, Doudan et Sahune ; voir aux pages 237-238 du tome XV de la Correspondance générale la courte lettre de Sainte-beuve à Prévost-Paradol et des échos de ce dîner en page 44 du tome IV des Lettres de Doudan (lettre du jeudi 26 juillet 1866 à la baronne Auguste de Staël) et en page 128 du tome VII des Études sur la littérature contemporaine d’Edmond Scherer paru chez Calman Lévy en 1894.

 

            Puisque nous venons de rencontrer à nouveau le nom de Corcelle, on le croise aussi à trois occasions au Journal de Viennet, pair de France, témoin de trois règnes, préfacé et postfacé par le duc de la Force , paru chez Amiot-Dumont en 1955. À l’index des noms cités, on lit : Corcelle (Claude Tircuy de la Barre de), 1768-1843,  pages  48, 286, 299. Il est bien évident qu’au 26 février 1848 (pages 286 et 299), ce n’est pas de lui qu’il retourne mais de Corcelle invité par Tocqueville avec Quinet, Sainte-Beuve, Ampère et Beaumont pour le 14 mai 1840. Du reste, en page 299, le nom de Corcelle voisine celui de Gustave de Beaumont, celui-là même qui publia les Œuvres et Correspondance inédits  de M. de Tocqueville en 1860 puis la Nouvelle correspondance inédite de M. de Tocqueville en 1865, ces deux ouvrages qui furent analysés par Sainte-Beuve.

 

            Ce qui nous ramène à l’édition Brix des Écrits sur Tocqueville. Michel Brix écrit, note de la page 160, que Sainte-Beuve avait consacré quatre articles dans la Revue contemporaine entre le 31 octobre et le 15 décembre 1865. Sans souffler mot de la parution de P.-J. Proudhon, sa vie et sa correspondance, 1838-1848, édité par Michel Lévy Frères, éditeurs également de l’étude sur Le général Tomini qui réunit cinq articles préalablement parus dans Le Temps. C’est sur le même rayon que ces deux livres, auprès de l’étude historique et critique Le comte de Clermont (trois articles parus en novembre 1867 au Moniteur sur le travail de Jules Cousin) et de l’édition Léon Noël, en 1958, de Monsieur de Talleyrand que l’on ferait bien de rééditer lui aussi, qu’il convient de placer le petit volume que nous devons à Michel Brix.

 

            Ces titres et d’autres, dont le Port-Royal et le Chateaubriand et son groupe littéraires sont là pour nous rappeler les qualités d’historien et d’analyste de Sainte-Beuve, sa lucidité et sa pénétration, mais cela ce n’est certes pas à un vieux briscard du beuvisme comme Georges Saint-Clair que je l’apprendrai.

 

Francis Conem, le 14 juillet 2005

 

 

Par Francis Conem - Publié dans : Lectures
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Mardi 19 décembre 2006

À  La chasse au Snark 27, rue de Verdun à 77440 Jaignes, Michel Brux publiait en 2002 Sainte-Beuve ou la liberté critique. Depuis un demi-soècle, Sainte-beuve était infréquentable. Mais avec le temps le Contre Sainte-Beuve de Proust, sorti avec fracas en 1954, a connu un effet boomerang et s'est pratiquement métamorphosé en un Contre Proust. Progressivement depuis environ trois lustres Sainte-Beuve a réintégré la place qui est la sienne. Le Sainte-Beuve, portrait d'un sceptique de Michel Crépu paru en 2001 chez Perrin et le petit livre de Michel brix l'année suivante ont, avec d'autres titres, oeuvré à sa réhabilitation.

 

En 2004, Michel Brix a eu l'excellente idée de réunir et de présenter, également à La chasse au Snarck, trois articles de Sainte-beuve sur Alexis de Tocqueville, sous le titre Écrits sur Tocqueville. Ces articles sont : Alexis de Tocqueville, de la démocratie en Amérique paru dans Le Temps du 7 avril 1835, Oeuvres et correspondance inédites de M. de Toqueville paru au Moniteur des 31 décembre 1860 et 7 janvier 1861, et Nouvelle correspondance inédite de M. de Tocqueville paru dans Le Constitutionnel des 18 et 25 décembre 1865. Ils furent recueillis respectivement au tome II des Premiers lundis, au tome XV des Causeries du lundi et au tome X des Nouveaux lundis. Ils n'étaient donc pas devenus tout à fait inaccessibles, mais leur réunion en une seule main est une heureuse initiative.

Michel Brix aurait pu compléter son travail et le peaufiner en y adjoignant ces espèces de (illisible) que l'on trouve dans les Notes et Pensées au tome XI des Causeries lu lundi ou dans les Cahiers de Sainte-Beuve publiés chez Lemerre en 1876 avec un avertissement de Jean Troubat. Elles ont été réunies dans l'édition Maurice Chapelan des Pensées et Maximes publiée en 1954 chez Bernard Grasset. L'on trouverait certainement d'autres références à Sainte-Beuve lecteur et analyste de Tocqueville, notamment dans la monumentale Correspondance générale réunie et publiée par Bonneret père et fils. L'on trouverait donc matière à revenir sur le sujet, l'objectif de Brux étant bien délimité ; mais il n'en faut pas moins le remercier pour ce premier et utile débroussaillage.

 

Par Francis Conem - Publié dans : Lectures
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Lundi 18 décembre 2006

Au cours des huit derniers lustres, combien en ai-je rédigé de ces rubriques nécrologiques que Jean Raspail appele avec bonheur l'Au-delà des Mers. Aux Cahiers des Amis de Han Ryner et aux Messages de Psychodore ou ailleurs encore! Ei voilà qu'il m'est demandé de rempiler et de tenir dans Fidelis la rubrique, malheureusement inévitable et incontournable consacrée aux Amis en allés. Mais rassurez-vous : je ne rendrez plus pendant quatre nouveaux lustres cet hommage à ceux qui nous ont précédés sur l'autre rive.

 

Depuis le bouclage, en juin 2001, du dernier Psychodore, nous avons déploré le départ pour l'au-delà des mers de madame Mireille Jospin, veuve de notre cher Robert Jospin, et de messieurs Pierre Béarn, Alain Brunet, Michel Décaudin, Gérard Delomez, André Figuéras, Roland Le Cordier et Claude Pichois. Je connaissais Pierre Béarn, né le 15 juin 1902, qui nous a quittés le 27 octobre 2004, et Roland Le Cordier, né le 24 juillet 1912, qui nous a quittés le 21 décembre 2004 et Claude Pichois, né le 21 juillet 1925 et qui nous a quittés le 12 octobre 2004.

 

Il faudrait marquer bien d'autres départs. Je tiens à signaler ici celui de Simonomis (Jacques Simon), né le 28 mai 1940 et disparu le 15 février 2005 et celui d'Andrée Sodenkamp, née le 18 juin 1906, disparue le 27 janvier 2004 ; ceci en souvenir d'Eugène Bizeau (et de Conté!) pour le premier et d'Henry de Madaillan pour la seconde.

 

Voilà, trop rapidement évoqués, les départs de ceux qui, selon l'expression de Roger Boutefeu, sont descendus du manège entre l'expiration de Psychodore et la naissance de Fidelis.

Francis Conem

Par Francis Conem - Publié dans : Le Bulletin des Amis de Francis
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Lundi 4 décembre 2006

Francis Conem

B.P. 312

73103 Aix-en-Savoie

Aix-en-Savoie, le 27 novembre 2006

 

Mon cher Conem,

 

Tu me demandes de présenter à ton lecteur ce Quelqu’un est mort. J’ai le sentiment que tu te payes ma tête car d’une part, ce lecteur te connaît aussi bien que moi, mieux peut-être même ! Et parce que, d’autre part, il n’est que de te lire : tu n’es pas un poëte[1] à gloses ; d’autres l’ont affirmé avant moi.

 

Avec Quelqu’un est mort, tu renoues avec ton inspiration des années 1965-1967 et ces Dizains pour Claire Jacovleff-Witmeur, André Mary, André Thérive, Raymond Duncan, Roger Dévigne, et ces poëmes pour Jean-Pierre Ravêche ou Noël Ruet qui sont autant de Signaux vers l’autre rive. Puis ce furent les poëmes de ton intimité avec la mort, « ma mort, ma mort omniprésente », celle à laquelle tu étais accoutumé, ces poëmes écrits après avril 1967 et que tu as intégrés à la nouvelle édition de tes Signaux, ce De l’autre rive qui parut dans le courant de l’avril 1968 comme pour marquer un bout de l’an.

 

Après 1967, vous vous séparâtes, la mort et toi, pour vous retrouver au coin d’une rue, inopinément sans doute, un mardi de décembre 2005, le jour de l’apôtre Jean, et, après une feinte dissidence de près de quarante ans, vous reprîtes votre cohabitation comme par le passé, comme si de rien n’était. En 2005-2006, la même veine qu’en 1965-1967, si ce n’est que cette fois les dizains écrits pour tes amis en-allés, tu les consignes aujourd’hui pour toi-même à l’occasion de ta propre mort.

 

Au fronton de De l’autre rive, tu avais mis en exergue ce vers de Noël Ruet à qui ta poésie doit tant : « Mes morts, me revoici ». Au fronton de Quelqu’un est mort, c’est un vers d’un autre poëte belge, de ton évidente famille spirituelle, que tu inscris cette fois : « Quelqu’un est mort. Ce sera moi », octosyllabe emprunté à Camille Melloy.

 

Si depuis 1980 tu as abandonné le « B » de Francis B. Conem pour redevenir Francis Conem comme devant, ce n’est pas que tu aies oublié tes ascendants belges et moins encore que tu les aies reniés. Il est probable que tu ne guériras jamais de la blessure infligée au berceau des Conem[2]. Ce n’est certes pas par hasard si, en des temps anciens, tu as compté parmi tes amis : Noël Ruet, Berthe Bolsée, Maurice Carême, Franz Hellens, Herman Frenay-Cid, Georges Rouzet (d’origine lotoise il est vrai), Julien Deladoës, Monique Mélin, Élise Champagne, Juliette Decreus, Andrée Sodenkamp, Véra Verbruggen, Claire Jacovleff-Witmeur, Émile V. Witmeur, André Mora, Charles-André Grouas, Marcel Dieu alias Hem Day, Jean Cordier, Jean Lacroix, Albert Chantraine, Willy Bada, Joseph Milbauer, David Scheiner.


D’outre-Quiévrain, aujourd’hui encore, tu reçois des lettres par Alain Aelberts, Paul Van Melle, Louise-Anne Verdickt, Daniel Berditchevsky, Ivan de Duve, Valery Moremans, Jean Van Lierde et Marc Laudelout ; et ici encore le hasard n’entre pour rien !

 

Le 21 octobre 1964, antérieurement à tes poëmes vers et de l’autre rive, Pierre Ménanteau t’écrivait : « Vous êtes du Nord. Et vous ne craignez pas les provincialismes : J’écris en vérité pour moi me retrouver. Je ne sais pas si j’oserais rester fidèle à mes propres vendéismes, malgré tout mon amour du pays natal ». Là non plus, le hasard n’avait de place. Dans cette même lettre, Ménanteau t’écrivait encore : « Votre poésie vous ressemble. Elle a du naturel ; elle sonne vraie, elle est simple, même dans ses complexités ».

 

Puisque tu as eu l’idée saugrenue de me demander d’ouvrir ce petit recueil qui pourrait porter pour titre celui du dernier anthume et du premier posthume de Noël Ruet : Chants pour l’Amour et la Mort , j’assume et au « votre poésie vous ressemble » de Ménanteau, j’ajoute ce que t’écrivait Wilfrid Lucas après lecture de tes Signaux : « Vous êtes le chantre de l’Amitié. C’est écrit sur votre visage. La franchise, la droiture s’y reflètent ». À toi d’assumer ce délit de sale gueule et, comme écrivait Antony Lhéritier préfaçant ces Signaux : « Tu es aussi poète que tu es Francis B. Conem. Tu n’y peux rien et qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ? ».

 

Le 10 octobre 1999, tu ouvrais ainsi tambour battant un des poëmes de Klingsoreries :

                        Je finirai bien par mourir,

 

                        Par pousser mon dernier soupir.

 

-         Et Toi, me demandera Dieu,

 

As-tu été un homme heureux ?

 

            Cela nous rassurait : tu n’avais pas renoncé à mourir, à pousser ce dernier soupir. Les octosyllabes de Quelqu’un est mort sont là pour nous confirmer que tu n’oublies pas la vieille promesse, et ce rendez-vous que tu as pris « voilà bien des saisons déjà ».

 

            C’est en se moquant de lui, celui qui reste sur le quai, celui qui va geignant toujours, celui qui ne cesse de jouer au martyr, que tu te moques de nous ; comme tu te moques de moi en sollicitant de ma plume ces quelques lignes d’introduction.

 

            Dans sa lettre ouverte, en tête de Klingsoreries, Jehan Despert parle de devoir de mémoire. Si l’expression est galvaudée sous bien des plumes, elle ne l’est nullement lorsqu’elle se rencontre sous celle de Jehan et qu’elle te concerne.

 

            Aux témoignages que tu reçus en 1967 quand venaient de paraître tes Signaux vers l’autre rive, je fais ces quatre courts emprunts :

  • Aucun poème ne pouvait trouver plus d’écho en mon vieux cœur hérissé de tant de croix que votre noble et très originale apostrophe, tantôt individuelle, intime, et tantôt la plus souvent universelle. Maurice d’Hartoy
  • Cela dépasse la littérature et c’est bien un cœur qui bat contre celui de votre lecteur. Jean Pourtal de Ladevèze
  • poèmes {qui} ont l’accent des âmes. Maurice Toesca
  • sentimentalité de l’âme. Jean-Louis Vallas

En ces années 1966-1967, de ton âme tu te souciais fort peu même su tu étais (et assurément tu l’étais depuis ta naissance) viscéralement un amateur d’âmes, bien dans la lignée des Charles Augustin Sainte-Beuve, Henri Bremond, Jean de Pange, André Billy et autres Bernard Halda.

 

            Les correspondants, qui sont de tes intimes devenus, connaissent bien la formule de politesse sur laquelle, depuis quelques années maintenant, tu prends traditionnellement congé d’eux « Porte-toi bien. Fidelis. Francis ». Lorsque tu t’adresses à Dieu, je m’imagine que tu te sers de la même rituelle formule. Tout au plus, par déférence, ton porte-toi bien se métamorphose-t-il en un Portez-Vous bien, et encore ! Rien n’est moins certain. Lorsque c’est à la mort que tu t’adresses, je gage que ta formule ne varie pas d’un iota car, décidément, je te vois mal voussoyant celle que Melloy et toi-même nommez Ma sœur la Mort. Mais de quel côté de la barrière est-elle, cette fidélité ? Du côté de la dame à la Faulx ou du tien, Conem ?

 

Francis

 



[1] Pourquoi j’écris poësie et poëte ? Parce qu’en 1830 – 1850, on écrivait ainsi, et que je trouve cela autrement plus joli que poésie et poète. (Lettre à Ivan de Duve datée du 11 mars 2006).

 

 

[2] Effectivement, le berceau des Conem est Doornik (Tournai) qui fut, comme Cambrai, la capitale des Nerviens. Le père de Francis Conem, Jean Conem, naquit à Lamain le 1er octobre 1905 de l’union de François Conem (décédé à Lille le 6 janvier 1954) et d’Odile Fremeau, son épouse (décédée à Lille le 28 mai 1941).Quoique résidant en France depuis fort longtemps, Jean Conem n’en fît pas moins son service militaire à Namur et garda la nationalité belge jusqu’à sa mort survenue le 28 juin 1980. Du côté maternel, les ascendances de Francis Conem sont également en partie wallonnes : son arrière grand-mère Rosine Libotte, sa grand-mère Maria Libotte (épouse Joset) et ses grands-tantes Aline Libotte (veuve Fauvet) et Marie-Louise Libotte (veuve Dubois) sont toutes nées en Belgique.

 

Par Francis Conem - Publié dans : francisconem
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